Sport et handicap, c’est un sujet encore discret, voire tabou. Avez-vous déjà vu beaucoup de personnes avec un rollator en salle de sport ?

Moi non plus. Et c’est peut-être pour ça qu’avant d’y aller, on s’en fait tout un film.

Salle de sport et handicap : on s’en fait tout un film

Ne pas se sentir assez en forme pour aller à la salle de sport, c’est un vrai problème. C’est le meilleur moyen de ne jamais franchir la porte.

Chez moi, cette histoire de forme cachait autre chose. La peur qui me tient au ventre, ce n’est pas d’aller à la salle de sport. C’est de tomber seule dehors, en balade, et de ne trouver personne pour me relever.

Alors forcément, avant d’aller à la salle, je me suis fait des films. Est-ce que c’est vraiment pour moi ? Qu’est-ce que je vais faire ? Quelle machine ? Une activité de groupe, peut-être, mais si je tombe et que je n’arrive pas à me relever, ils vont faire quoi ? Je ne veux pas perturber. Et si, et… mais… et on reste chez soi.

Cette incertitude génère un stress indépendamment de l’effort physique lui-même.

Et puis j’y suis allée quand même.

La salle de sport n’est pas chez le kiné

Chez le kiné, on arrive avec une douleur, une pathologie, un handicap. Personne ne s’en étonne, c’est le lieu prévu pour ça.

La salle de sport, c’est autre chose. Y aller, ce n’est pas seulement continuer une rééducation. C’est reprendre une place dans un lieu de vie, avec les autres, sans rester enfermée dans le rôle de patiente.

C’est aussi un complément au soin. Un endroit où l’on peut retrouver du mouvement, mais aussi du plaisir, de la légèreté, des rencontres et parfois même de la joie.

On se juge, on compare, c’est normal

On se juge, on se compare, c’est normal. Mais tout le monde a été débutant un jour. Et on croit lire dans les pensées des autres, sans aucune preuve, alors qu’ils sont souvent occupés à regarder leurs propres performances, leurs objectifs sur leurs applications, le casque sur les oreilles, ou le tracé de leur parcours. Personne ne nous regarde autant qu’on le croit.

Il y a aussi les miroirs, partout, sur tous les murs. Ce qui aide, c’est de regarder si votre pied est bien posé, pas votre silhouette.

Ne pas se sentir à sa place, avec un rollator

Il y a aussi ce sentiment de ne pas appartenir à ce groupe. De se sentir intrus, avec son handicap visible ou invisible, avec son rollator, au milieu de gens qui semblent tous savoir quoi faire.

Pourtant, le rollator ne dit pas que je n’ai rien à faire là. Il dit seulement que j’ai besoin d’un appui pour arriver jusqu’à l’endroit où je vais bouger.

Monter sur une machine, sans savoir laquelle est faite pour moi

On sait qu’on aura du mal à monter sur telle ou telle machine. On ne sait pas laquelle est adaptée à nous, ni les poids qu’on peut tirer ou soulever sans se faire mal. Ce n’est pas de la timidité, c’est juste qu’on ne sait pas, et personne ne le sait à notre place.

C’est pour ça que le premier circuit, je ne l’ai pas improvisé toute seule. Il a été fait avec un coach, adapté à mes possibilités à moi, pas à un programme standard trouvé sur internet.

Je ne vous cache pas non plus qu’avec les machines, je ne suis pas à l’aise. Mais je trouve mes repères. Je suis fière de mes avancées, je vois chaque jour le chemin parcouru, peut-être que moi seule le vois, mais je le vois.

On peut essayer, même en groupe

J’ai testé le sport en salle en groupe. Le vélo, non, ça ne me plaît pas, très peu pour moi. Mais il y a d’autres trucs. Le rameur, les poids, et puis un jour on teste autre chose encore, parce qu’on ne sait jamais à l’avance ce qui va accrocher.

C’est ça que je retiens surtout : on ne sait pas avant d’essayer. On peut détester le vélo et adorer le rameur. On peut penser qu’on n’est pas faite pour les poids et se surprendre. Pas besoin d’être une super sportive pour ça, juste besoin d’essayer.

Si la salle en solo vous effraie encore

Rien n’oblige à y aller seule la première fois. Venir accompagnée d’un proche, ça change tout quand le seuil de la porte fait peur. Choisir un créneau plus calme aide aussi, moins de monde autour, moins ce sentiment d’être observée.

Demander un premier rendez-vous avec un coach peut aussi éviter de se retrouver seule devant les machines. On peut expliquer ses limites, demander quels exercices éviter, où poser son rollator, comment régler les appareils, et par quoi commencer.

Et si malgré ça la salle reste un cap trop haut pour l’instant, il y a d’autres chemins. Le sport à la maison en est un ou tout simplement aller marcher régulièrement. Ce n’est pas de dire non à l’activité sportive, juste une autre façon d’avancer vers le même objectif.

Tout le monde a été un jour débutant, ne pas s'attaquer à 15 kilos si ce n'est pas votre objectif principal

Se relever seule, mon vrai objectif

On nous a tous appris que les progrès ne s’obtiennent qu’au prix d’entraînements longs et intenses, parfois même de sueur. Mais pour beaucoup de personnes parmi nous, il s’agit surtout de développer la confiance en son corps et son autonomie, une petite habitude à la fois. Chacun peut avoir des objectifs différents, en fonction de ses possibilités à un instant T.

Le mien, à long terme, c’est de savoir me relever si je suis par terre, seule, même avec un tabouret ou un step. Ce n’est peut-être pas grand-chose pour vous. Pour moi, c’est tout, parce que c’est exactement ce qui me manque quand je pars me balader seule et que j’ai peur de tomber.

Alors ce n’est pas la salle de sport qui fait peur, en fait. C’est ce qu’on imagine avant d’y être. Une fois sur place, la montagne de « si » rétrécit vite. Et il y a une bonne raison d’y aller : sortir de chez soi, essayer, se faire plaisir, même sans être une sportive de compétition.

Je vois aussi que quand je ne bouge pas, après les interventions chirurgicales, je perds encore plus mes muscles. Alors merci à qui m’a poussée à aller à la salle de sport. Je pense que je n’aurais jamais ouvert cette porte moi-même, parce que pour moi, je n’étais pas assez en forme pour y aller.

Avec ou sans rollator, avec ou sans peur au ventre, c’est vous qui bougez.

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